Non-représentation d'enfant à La Réunion : faire respecter ou faire valoir vos droits

Votre enfant ne vous est pas remis au jour prévu par le jugement, à Saint-Pierre, Saint-Louis ou Saint-Denis ? Ou vous êtes convoqué(e) après avoir refusé une remise ? Ce délit se joue sur des détails de calendrier, de preuve et d'intention.

Avocate au barreau de Saint-Pierre, Maître Maëlys Kaabeche intervient sur ce contentieux, qui se traite sur deux plans : devant le juge pénal et devant le juge aux affaires familiales.

Barreau de Saint-Pierre
Maëlys Kaabeche, avocate au barreau de Saint-Pierre, non-représentation d'enfant et droit de visite à La Réunion
Droit de visite non respecté — agir dès le jour même 06 92 00 96 22
Le cadre légal

Le délit de non-représentation d'enfant

Un jugement fixant un droit de visite n'est pas une recommandation : il s'impose aux deux parents.

L'article 227-5 du Code pénal réprime « le fait de refuser indûment de représenter un enfant mineur à la personne qui a le droit de le réclamer ». La peine encourue est d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.

Trois éléments doivent être réunis. Il faut d'abord une décision ou une convention exécutoire : jugement du juge aux affaires familiales, convention parentale homologuée, ou convention de divorce par consentement mutuel déposée au rang des minutes d'un notaire. Il faut ensuite un refus effectif de remise au jour et au lieu prévus. Il faut enfin que ce refus soit indu et intentionnel : c'est là que se concentrent les débats.

Chaque refus constitue une infraction distincte : il n'est pas nécessaire d'attendre une répétition pour agir.

Les circonstances aggravantes

L'article 227-9 du Code pénal porte les peines à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende lorsque l'enfant est retenu au-delà de cinq jours sans que ceux qui ont le droit de le réclamer sachent où il se trouve, ou lorsqu'il est retenu indûment hors du territoire de la République.

D'autres textes du même chapitre peuvent être mobilisés : l'article 227-6 punit de six mois d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende le fait de ne pas notifier, dans le mois, son changement de domicile à celui qui exerce un droit de visite ; l'article 227-7 vise la soustraction d'enfant par un ascendant. Les peines complémentaires de l'article 227-29 peuvent s'y ajouter.

Comme pour les autres infractions présentées par votre avocat pénaliste à La Réunion, la qualification dépend étroitement de la façon dont les faits sont matériellement établis.

Vous ne pouvez pas voir votre enfant

Constituer un dossier utile

Une non-représentation se prouve le jour même.

📍

Se présenter et faire constater

Rendez-vous au lieu et à l'heure exacts fixés par la décision, si possible accompagné(e) d'un témoin majeur.

  • Se rendre au commissariat ou à la brigade le jour même
  • Faire enregistrer une main courante
  • Conserver la trace horodatée de votre déplacement
📄

Déposer plainte

La main courante ne saisit pas le procureur. Pour qu'une enquête soit ouverte, il faut une plainte, déposée sur place ou adressée par courrier.

  • Joindre la copie exécutoire de la décision et sa signification
  • Récapituler les dates précises des refus
  • Joindre les échanges écrits, sans les tronquer
🗃️

Soigner la preuve

Le dossier se construit avec des éléments datés et vérifiables plutôt qu'avec le récit du conflit.

  • Messages, courriels et accusés de réception
  • Billets d'avion et justificatifs de congés
  • Attestations de témoins rédigées dans les formes
⚖️

Agir aussi au civil

Le juge pénal sanctionne le passé ; seul le juge aux affaires familiales organise l'avenir.

Vous êtes poursuivi(e)

Se défendre d'une accusation de non-représentation

Être convoqué(e) ne signifie pas que l'infraction est constituée. Le texte exige un refus indu : l'existence d'un motif légitime la fait disparaître.

Le motif légitime

Sont classiquement discutés la maladie de l'enfant justifiée par un certificat médical, la force majeure, l'impossibilité matérielle avérée ou un danger objectivé. Sur ce dernier point, la prudence s'impose : une inquiétude non étayée ne constitue pas un motif légitime. Lorsque les craintes sont sérieuses, la voie régulière consiste à saisir sans délai le juge aux affaires familiales — non à décider seul(e) de ne pas remettre l'enfant.

L'erreur sur le calendrier

Les décisions renvoient souvent aux « vacances scolaires de la zone » ou à un système de semaines paires et impaires. À La Réunion, le calendrier scolaire diffère de celui de la métropole : les décalages de zone sont une source récurrente de malentendus. L'absence d'intention, lorsqu'elle repose sur une interprétation raisonnable de la décision, est un moyen de défense sérieux, à appuyer sur les échanges écrits et le calendrier officiel.

Le refus de l'enfant

Le refus exprimé par l'enfant est fréquemment invoqué. La jurisprudence considère qu'il ne suffit pas, à lui seul, à caractériser un motif légitime : le parent chez qui l'enfant réside doit exercer son autorité pour faire respecter la décision. L'âge du mineur, son discernement et le contexte sont toutefois pris en compte, notamment lorsque des éléments de danger sont documentés, par exemple dans un contexte de violences conjugales.

L'audience

Selon le lieu des faits, l'affaire relève du tribunal judiciaire de Saint-Pierre ou de celui de Saint-Denis, la cour d'appel de Saint-Denis connaissant des recours. Elle peut aussi donner lieu à une alternative aux poursuites, à une composition pénale ou à une convocation devant le tribunal correctionnel. La préparation — pièces, chronologie, position sur les intérêts civils — est décisive, comme pour toute procédure suivie en défense pénale à La Réunion.

Ne modifiez jamais unilatéralement un calendrier de visite. Faites-le acter par écrit, ou saisissez le juge aux affaires familiales.
Cas particulier

Entre La Réunion et la métropole

Distance, décalage horaire et calendriers scolaires distincts : un contentieux propre au 974.

01

Le territoire de la République

Un trajet entre La Réunion et la métropole reste un déplacement à l'intérieur du territoire de la République : la circonstance aggravante de rétention hors du territoire (article 227-9 du Code pénal) ne s'applique pas. Celle tenant à une rétention de plus de cinq jours peut l'être.

02

Informer d'un déménagement

L'article 373-2 du Code civil impose d'informer l'autre parent, préalablement et en temps utile, de tout changement de résidence modifiant l'exercice de l'autorité parentale.

03

Adapter le calendrier

Des droits de visite hebdomadaires sont impossibles à cette distance. Le juge aux affaires familiales peut regrouper les périodes sur les vacances scolaires et aménager la répartition des frais de transport.

04

Anticiper le risque de départ

En cas de crainte sérieuse, le juge aux affaires familiales peut ordonner l'interdiction de sortie de l'enfant du territoire français sans l'autorisation des deux parents (article 373-2-6 du Code civil).

05

Conserver les justificatifs

Billets, cartes d'embarquement et échanges écrits constituent la matière première de la preuve, que vous soyez plaignant(e) ou mis(e) en cause.

Questions fréquentes

Non-représentation d'enfant : vos questions

Quelle peine encourt-on pour non-représentation d'enfant ?

L'article 227-5 du Code pénal prévoit un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. Les peines sont portées à trois ans et 45 000 euros par l'article 227-9 si l'enfant est retenu plus de cinq jours sans que l'autre parent sache où il se trouve, ou s'il est retenu indûment hors du territoire de la République.

Comment prouver une non-représentation d'enfant ?

En se présentant au lieu et à l'heure prévus par la décision, si possible accompagné d'un témoin, puis en faisant établir une main courante ou un procès-verbal de renseignement judiciaire le jour même. Les messages écrits, les billets d'avion et les attestations complètent utilement le dossier.

Une main courante suffit-elle à engager des poursuites ?

Non. La main courante enregistre et date les faits mais ne saisit pas le procureur de la République. Pour déclencher une enquête, il faut déposer plainte, au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier adressé au procureur du tribunal judiciaire compétent.

Le refus de l'enfant est-il un motif légitime ?

En principe non. La jurisprudence considère que le seul refus de l'enfant ne suffit pas à justifier la non-remise : le parent gardien doit exercer son autorité pour faire respecter la décision. Le juge tient toutefois compte de l'âge du mineur, de son discernement et du contexte, notamment en présence d'éléments de danger objectivés.

Faut-il saisir le juge aux affaires familiales en parallèle ?

C'est souvent utile. La procédure pénale sanctionne le refus passé ; seul le juge aux affaires familiales peut modifier le calendrier des visites, adapter les modalités aux contraintes de trajet ou ordonner des mesures nouvelles pour l'avenir.

Pour un premier échange, appelez le 06 92 00 96 22 ou utilisez la page contact du cabinet.

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